Samedi 9 août 2008
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Publié dans : Humeurs
© Quelles Nouvelles
Chaque fois que je commence un manuscrit, je suis un amnésique qui cherche à retrouver la mémoire.
Je ne suis rien, une coquille vide, qui attend de recevoir des sensations.
J'écris sous la dictée de mes visions.
Ainsi s'exprimait Linda Lê dans la tribune que lui offrait en septembre 2007 l'excellent Matricule
des anges, mensuel de littérature contemporaine.
Je vous dois un aveu : je n'ai rien lu de Linda Lê. Je n'ai rien lu de Linda Lê, mais la manière dont elle explique son rapport à l'écriture éveille en moi d'étranges résonances.
Je ne suis pas Linda Lê, bien sûr, mais quand je m'assois à mon bureau et que je me mets à écrire, j'éprouve des sentiments analogues. L'impression que toute l'histoire est déjà là, dans ma tête.
Qu'il suffit que je tire comme il faut sur le fil pour que toute la pelote se déroule.
J'ai une autre image en tête. Je gratte le sol, patiemment, je ne sais rien faire d'autre, gratter le sol, c'est par là qu'il faut en passer, gratter le sol, encore et toujours, je ne sais plus au
juste pourquoi je gratte le sol... lorsque survient le moment magique où la terre, humide, change de couleur. L'eau se met à sourdre, ce n'est qu'un mince filet alors je creuse de plus belle - et
soudain l'eau jaillit, l'eau jaillit et mes doigts se bousculent sur le clavier pour suivre le bouillonnement de mes pensées, surtout ne pas en perdre une goutte !
Attention, je ne dis pas que c'est chose facile. Simplement, je suis persuadée qu'une fois qu'on tient quelque chose - et on le sent, si on est à l'écoute -, une phrase en appelle une autre.
Naturellement.
Ces jours-là, j'ai la sensation d'être le maître du monde ! Et c'est une fièvre qui rachète tous les jours sans.
Et vous, vous ! que ressentez-vous quand vous écrivez ?
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Vendredi 8 août 2008
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Publié dans : Bonnes nouvelles !
© Quelles Nouvelles
La brume restait accrochée aux bosquets qui défilaient le long de la voie.
Le front contre la vitre, oubliant un instant le froid qui s'était emparé de lui, il songea que sa vie avait suivi le même chemin ; il s'était souvent égaré, perdu, éparpillé, et même s'il
l'avait voulu, il n'avait plus la force aujourd'hui de réunir les lambeaux de son existence.
Si un invité meurt inopinément chez vous, ne prévenez surtout pas la police.
Installez-vous confortablement dans votre fauteuil favori, allumez une cigarette et savourez l'instant : pour une fois, il se passe quelque chose d'exaltant dans votre vie !
Elle s'est installée à l'hôtel des Grands Hommes.
Le seul qui ait encore une chambre libre, et ce n'est qu'assise sur le lit anonyme, alors qu'elle tente d'ordonner ses pensées, que la symbolique, "hôtel des Grands Hommes", la frappe et lui
arrache un sourire inattendu - dans quelques jours, elle reverra un père auquel elle n'a pas adressé la parole depuis près de quinze ans.
Une femme marche à pas rapides le long des berges du fleuve.
Les rares passants la dévisagent avec curiosité ou étonnement ; hagarde, les cheveux emmêlés, elle semble en proie à une émotion sans nom et marmonne des mots dénués de raison.
La porte claqua comme un soulagement.
Un soulagement et une évidence telle qu'en descendant l'escalier, abasourdi, une valise dans chaque main, il se demanda pourquoi, mais pourquoi il ne l'avait pas claquée plus tôt.
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Vendredi 8 août 2008
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Publié dans : Bonnes nouvelles !
© Quelles Nouvelles
La première phrase... Elle doit lancer le récit en donnant le ton. Puissante, elle fait naître l'image ; fulgurante, elle provoque l'émotion.
Intensité de la première phrase quand on ouvre un livre, de la première impression quand on rencontre quelqu'un... Laissez la première phrase fondre sur votre langue. Elle a le goût des
premières fois.
Au risque de me faire traiter de perroquet, je reprends donc à mon compte une idée séduisante de l'émission "Un été d'écrivains" animée par Brigitte Kernel, du lundi au vendredi de 20 h 05 à 21 h sur France Inter.
Le principe ? Faire piocher à l'invité la première phrase d'un roman de la rentrée littéraire (sans lui en indiquer l'auteur) et lui demander d'imaginer la suite...
Vous trouverez ci-dessous les premières phrases déjà proposées. Je livrerai dans un prochain post le titre des romans, le nom des auteurs et leur deuxième phrase.
Bonne inspiration et à vos souris !
* La brume restait accrochée aux bosquets qui défilaient le long de la voie.
* Si un invité meurt inopinément chez vous, ne prévenez surtout pas la police.
* Elle s'est installée à l'hôtel des Grands Hommes.
* Une femme marche à pas rapides le long des berges du fleuve.
* La porte claqua comme un soulagement.
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Jeudi 7 août 2008
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16:32
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Publié dans : Bonnes nouvelles !
© Quelles Nouvelles
Sur Myspace, DISSONANCES se présente comme "une revue pluridisciplinaire
à but non objectif" qui désire rencontrer "des auteurs (nouvelle, poésie, essai...), des illustrateurs (dessin, photo, collage...), des lecteurs (curieux) et des gens
habités."
Revue de création littéraire semestrielle paraissant fin mai et fin novembre, elle prépare actuellement son
quinzième numéro dont le thème sera : L'Autre.
Parmi les thèmes déjà abordés : L'Europe, La Religion, L'Argent, La Folie, La Mort, L'Amour, La Merde (sic), La Peur ou encore Ivresses...
La revue souhaite présenter "un maximum de formes, d'ambiances, de points de vue... et de belles écritures."
Chaque numéro est par ailleurs "illustré d'oeuvres inédites (carte blanche donnée à un artiste unique)".
Envie de collaborer à leur prochain numéro ?
Les textes (6 300 signes maximum, espaces compris) sont à envoyer avant le 31 octobre à dissonons@yahoo.fr
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Mercredi 6 août 2008
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Publié dans : Bonnes nouvelles !
© Stéphane Fetick
Vous voilà tranquillement enseveli sous des seaux et des seaux de sable, de la crème solaire plein les yeux, et des enfants qui ne sont pas les vôtres courent en rond autour de vous
en agitant des râteaux en plastique et en poussant des hurlements de sioux.
Vous avez réussi à ignorer jusqu'ici les tonnes de fournitures scolaires qui ont envahi fin juin les rayons de votre hypermarché préféré, mais vous ne passerez pas aussi facilement à côté de la
rentrée littéraire.
Encore une petite quinzaine de jours, et... Je ne sais pas vous, mais moi, je sens déjà comme un frémissement.
Aux oubliés de la crème solaire, aux rapatriés de juillet et aux nostalgiques des cahiers de vacances, je recommande pêle-mêle ces quelques pages, à lire aussi avec les oreilles :
*
Un été
d'écrivains, tous les soirs à 20 h 05 sur France Inter.
Hier, Annie Ernaux. Avant elle, Vincent Ravalec et bien d'autres. Bientôt, Camille Laurens.
Les archives permettent d'écouter les émissions que vous avez ratées.
De l'autre côté de la barrière, des éditeurs, avec...
* L'émission Pour la littérature, sur France Culture, et sa série
sur "Le métier d'éditeur", diffusée du lundi 28 juillet au vendredi 1er août.
Là encore, merci les archives !
* La série d'été du Figaro, "Édition : un nom, une maison".
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Mardi 5 août 2008
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Publié dans : Bonnes nouvelles !
Diptyque mural, Antoni Tàpies
1990, lave de Volvic émaillée et gravée, 300 x 450 cm, Coll. Mam Céret
Incipit de La route
"
Quand il se réveillait dans les bois dans l'obscurité et le froid de la nuit il
tendait la main pour toucher l'enfant qui dormait à son côté. Les nuits obscures au-delà de l'obscur et les jours chaque jour plus gris que celui d'avant. Comme l'assaut d'on ne sait quel
glaucome froid assombrissant le monde sous sa taie. À chaque précieuse respiration sa main se soulevait et retombait doucement. Il repoussa la bâche en plastique et se souleva dans les vêtements et
les couvertures empuantis et regarda vers l'est en quête d'une lumière mais il n'y en avait pas. Dans le rêve dont il venait de s'éveiller il errait dans une caverne où l'enfant le guidait par la
main. La lueur de leur lanterne miroitait sur les parois de calcite mouillées. Ils étaient là tous deux pareils aux vagabonds de la fable, engloutis et perdus dans les entrailles d'une bête de
granit. De profondes cannelures de pierre où l'eau tombait goutte à goutte et chantait. Marquant dans le silence les minutes de la terre et ses heures et ses jours et les années sans s'interrompre
jamais.
"
Traduit de l'anglais (États-Unis) par François Hirsch
© Cormac McCarthy, 2006.
© Éditions de l'Olivier pour l'édition en langue française, 2008.
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Mardi 5 août 2008
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Publié dans : Dans mes tiroirs
Sardinosaure
Contrainte oulipiennne créée par Jacques Roubaud et Olivier
Salon
Définition
" On commence par penser à deux animaux tels que la dernière syllabe de l’un soit la première de l’autre, comme gazelle et éléphant, ou bien taureau et rossignol, ou encore okapi et pigeon.
On réunit alors les deux mots, ce qui fournit dans nos exemples la gazelléphant, ou bien le taurossignol, ou encore l’okapigeon.
Les animaux ainsi conçus sont appelés de façon générique des Sardinosaures, du nom du premier de cette famille, inventé par Jacques Roubaud.
On écrit alors un court texte décrivant l’animal chimérique, en s’inspirant des particularités des deux parents de la chimère. "
Source : l'Oulipo - Ouvroir de littérature potentielle
J'ai créé sur ce principe mon Sardinosaure à moi. Il a mal fini, comme vous le découvrirez plus bas, mais rien ne vous empêche de faire du vôtre un animal de compagnie... J'attends vos
suggestions !
Le ragondindon
Planté au beau milieu de la cour
Les pattes dans une flaque de boue
Le ragondindon fait son intéressant
Comme d'habitude
Il se pavane en lustrant son poil et se rengorge
Fait la grande roue et glougloute
Plus pour longtemps
C'était là son chant du cygne
Agacé par ses manières
Le fermier abat sa hachette sur le cou violacé
Notre ragondindon ayant perdu la tête
Se met à courir dans tous les sens
Il a encore tant à faire
Dresser un barrage dans la rivière d'à côté
Bâtir des huttes pour abriter sa colonie
Un dernier tremblement agite ses pattes palmées
Puis il se rend
C'est le ragondindon de la farce
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Lundi 4 août 2008
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11:54
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Publié dans : Humeurs
Entrée en scène © Quelles Nouvelles
Si jétais...
Une boisson : le Lapsang Souchong
Une fleur : un perce-neige
Un objet : un stylo (parce qu'on peut toujours écrire sur un prospectus ou une liste de courses qui traîne)
Un livre : La route de Cormac McCarthy (mon choc de l'année)
Un animal : un chat, poil bouffant et coquetterie dans l'oeil
Un lieu : mon lit, des tonnes et des tonnes de couettes douillettes et d'oreillers moelleux, quand le vent s'époumone et que la pluie tombe à verse
Une ville : toutes les villes du monde que je n'ai pas encore visitées
Une musique : Beirut
Un goût : la cassonade Graeffe
Un parfum : une peau de bébé
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Dimanche 3 août 2008
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Publié dans : La nouvelle, kézako ?
© Red Lounge Symphony, Anastasio Màrquez
Elle a sur le roman (...) cet immense avantage que sa brièveté ajoute à l'intensité de l'effet. Cette lecture, qui peut être accomplie tout d'une haleine, laisse dans l'esprit un souvenir bien
plus puissant qu'une lecture brisée (...).
L'artiste, (...) ayant conçu délibérément, à loisir, un effet à produire, inventera les incidents, combinera les événements les plus
propres à amener l'effet voulu. Si la première phrase n'est pas écrite en vue de préparer cette impression finale, l'oeuvre est manquée dès le début. Dans la composition tout entière, il ne doit
pas se glisser un seul mot qui ne soit une intention, qui ne tende, directement ou indirectement, à parfaire le dessein prémédité.
Charles Baudelaire
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Samedi 2 août 2008
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Publié dans : Bonnes nouvelles !
La route, Cormac McCarthy, Éditions de l'Olivier
Somptueusement traduit de l'anglais (États-Unis) par François Hirsch
On ne devrait lire que les livres qui nous piquent et nous mordent. Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d'un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire
?
Franz Kafka
Il est des livres qui vous assomment...
D'autres qui vous font l'effet d'une gifle.
Qui vous coupent le souffle, vous mettent le rouge aux joues et vous laissent pantelant.
La route de Cormac McCarthy est de ceux-là.
Paysage de fin du monde. À perte de vue, tout n'est que froid, cendres et désolation. Un homme et son petit garçon poussent un caddie sur une route. Dedans, leurs maigres possessions.
Tout espoir semble mort, calciné avec la terre noire qu'ils foulent, englouti par la nuit sans fin qui s'étend au-dessus d'eux, pourtant ils continuent d'avancer. Dénués de tout,
usés jusqu'à la corde, mais riches, riches de l'amour absolu que le père porte à son fils, de la confiance aveugle que le fils voue à son père.
Un récit d'une beauté âpre, porté par une langue aussi dépouillée que les étendues qu'ils traversent.
Un phrasé aussi lancinant que la peur et la faim, inséparables compagnes de voyage de deux êtres qui marchent parce qu'il n'y a rien d'autre à faire, parce que s'arrêter au bord de la route,
c'est renoncer, s'abandonner à la mort qui imprime sa marque sur toute chose.
Un roman obsédant. Et nécessaire.
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À bâtons rompus