Écrire... pour qui ?

Publié le par Quelles Nouvelles ?


















© Quelles Nouvelles


Cette question ! On écrit pour soi, oui oui, bien sûr...

Détachement affiché par les orgueilleux ?
Paravent déployé par les pudiques ?
Bouclier tendu par les timides ?

Un somptueux écran de fumée si vous voulez mon avis, un argument spécieux brandi pour couper court à la questionnette.

Parce que, quoi qu'on affirme, et même si on croit sincèrement à ce mensonge rebattu, on écrit POUR ÊTRE LU. Avant tout.


* Sans se voir taxer d'inconstance ou d'inconséquence, on peut penser ce que j'écris plus haut tout en approuvant à 100 % Eugène Ionesco lorsqu'il écrit, dans Notes et contre-notes :

Il faut écrire pour soi, c'est ainsi que l'on peut arriver aux autres.

Publié dans Humeurs

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mo 07/08/2008 14:48

bien sûr, on écrit pour être lu.
sinon, pourquoi cette quête du mot juste?
quel intérêt à la recherche de la musicalité d'une phrase.

Bien qu'ils les verrouillent, les auteurs de carnets intimes, souhaitent qu'un jour quelqu'un surprenne leurs pensées...
Qui sait si certains ne souhaitent pas , dans un petit coin du fond d'eux mêmes, qu'un voleur vienne chaque jour dérober leur coeur ainsi dévoilé?

Des années plus tard, au moins, les auteurs de ces carnets reliront leur prose et les donneront à lire...pour se souvenir, s'attendrir, en rire ou regretter...

Quelles Nouvelles ? 10/08/2008 16:01


A des années-lumière de là, Franz Kafka, dont l'écrivain Max Brod trouvera deux testaments, dans un tiroir, après sa mort en 1924. Noble trahison, il ne respectera pas ses dernières volontés...


Premier testament

Mon très cher Max, ma dernière volonté : tout ce qui se trouve dans ce que je laisse derrière moi (donc dans la bibliothèque, l'armoire à linge, la table de travail, chez moi et au bureau ou bien
dans quelque lieu où cela aurait été transporté et tomberait sous tes yeux), tout, qu'il s'agisse de journaux intimes, de manuscrits, de lettres (écrites par moi ou par d'autres), de dessins, etc.,
doit être totalement brûlé sans être lu, de même tous les textes et tous les dessins que toi ou toute autre personne à qui tu devras les demander en mon nom pouvez détenir. S'il est des lettres
qu'on refuse de te remettre, il faudra au moins qu'on s'engage à les brûler. Ton Franz Kafka


Second testament

Mon cher Max, peut-être ne me relèverai-je plus cette fois ; il est fort probable qu'après ce mois de fièvre pulmonaire une pneumonie se déclarera ; et même le fait que je l'annonce par écrit ne
pourra pas l'empêcher, encore que cela ait quelque pouvoir. Voici donc dans cette éventualité ma dernière volonté au sujet de tout ce que j'ai écrit : De tout ce que j'ai écrit, seuls les livres
"Verdict", "Soutier", "Métamorphose", "Colonie pénitentiaire", "Médecin de campagne" et le récit "Un artiste de la faim" sont valables (les quelques exemplaires de "Regard" peuvent rester, je ne
veux donner à personne la peine de les mettre au pilon, mais rien ne doit être réimprimé). Quand je dis que ces cinq livres et ce récit sont valables, cela ne signifie pas que je souhaite qu'ils
soient réimprimés et transmis aux temps futurs ; s'ils pouvaient au contraire être entièrement perdus, cela correspondrait entièrement à mon désir. Simplement, puisqu'ils existent, je n'empêche
personne de les avoir, si quelqu'un en a envie. En revanche, tout le reste de ce que j'ai écrit (les textes imprimés dans des revues, les manuscrits, les lettres), dans la mesure où on peut mettre
la main dessus ou les obtenir des destinataires (tu connais la plupart d'entre eux, il s'agit pour l'essentiel de [Milena], n'oublie surtout pas les quelques cahiers que [Milena] détient), tout
cela, sans exception, doit être détruit, de préférence sans le lire (je ne t'empêche pas cependant d'y jeter un coup d'oeil, mais je préférerais toutefois que cela n'eût pas lieu ; si tu ne le fais
pas, personne en tout cas n'a le droit d'en prendre connaissance) - tout cela sans exception doit être brûlé, ce que je te prie de faire le plus tôt possible. Franz