Une coquille vide

Publié le par Quelles Nouvelles ?


















© Quelles Nouvelles



Chaque fois que je commence un manuscrit, je suis un amnésique qui cherche à retrouver la mémoire.

Je ne suis rien, une coquille vide, qui attend de recevoir des sensations.

J'écris sous la dictée de mes visions.



Ainsi s'exprimait Linda Lê dans la tribune que lui offrait en septembre 2007 l'excellent Matricule des anges, mensuel de littérature contemporaine.

Je vous dois un aveu : je n'ai rien lu de Linda Lê. Je n'ai rien lu de Linda Lê, mais la manière dont elle explique son rapport à l'écriture éveille en moi d'étranges résonances.

Je ne suis pas Linda Lê, bien sûr, mais quand je m'assois à mon bureau et que je me mets à écrire, j'éprouve des sentiments analogues. L'impression que toute l'histoire est déjà là, dans ma tête. Qu'il suffit que je tire comme il faut sur le fil pour que toute la pelote se déroule.

J'ai une autre image en tête. Je gratte le sol, patiemment, je ne sais rien faire d'autre, gratter le sol, c'est par là qu'il faut en passer, gratter le sol, encore et toujours, je ne sais plus au juste pourquoi je gratte le sol... lorsque survient le moment magique où la terre, humide, change de couleur. L'eau se met à sourdre, ce n'est qu'un mince filet alors je creuse de plus belle - et soudain l'eau jaillit, l'eau jaillit et mes doigts se bousculent sur le clavier pour suivre le bouillonnement de mes pensées, surtout ne pas en perdre une goutte !

Attention, je ne dis pas que c'est chose facile. Simplement, je suis persuadée qu'une fois qu'on tient quelque chose - et on le sent, si on est à l'écoute -, une phrase en appelle une autre. Naturellement.

Ces jours-là, j'ai la sensation d'être le maître du monde ! Et c'est une fièvre qui rachète tous les jours sans.

Et vous, vous ! que ressentez-vous quand vous écrivez ?

Publié dans Humeurs

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Sabine 09/09/2008 13:22

@Laurent.
Il y a des périodes comme ça où on se sent fermé, aux autres et à soi-même, blasé, submergé par le quotidien, ou tout simplement fatigué...
Il vaut mieux accepter ces périodes comme un passage nécessaire, un détour qui nous éloigne de nous-même pour mieux nous ramener au port.
Un jour, sans crier gare, l'envie, le goût, le plaisir reviennent, et on se demande où ils étaient passés tout ce temps, on se demande ce qui a bien pu changer. Rien. Et tout.

Sabine 09/09/2008 12:11

@Jonavin.
On a tous nos tics, nos petits "trucs", plus ou moins avouables...

Souvent, ce qui m'aide à mûrir un texte, c'est d'occuper mes mains (mon esprit peut alors vagabonder sans être contrôlé à toutes les barrières qu'érige ma conscience - inhibitions, préjugés, interdits...). Occuper mes mains ? Les inévitables tâches ménagères : faire la vaisselle, lancer une lessive, passer l'aspirateur...

Ou alors j'occupe mes pieds ! Quitter son bureau, sortir et marcher, dans la ville ou ailleurs, ça lave aussi la tête, et tous les sens sont sollicités.

Quand tu contemples ton lampadaire, tu appelles sans doute ses lumières...

Sabine 09/09/2008 12:08

@Jonavin.
Oubli : quand je parlais d'occuper mes mains, j'évoquais bien sûr les inévitables tâches ménagères - faire la vaisselle, lancer une lessive, passer l'aspirateur...

laurent 08/09/2008 00:33

"Qu'entends-tu par écrire de façon ascétique"
Pas au sens propre, telle une souffrance, une vie monacale,
plutôt un embrasement des sens dont je rêve, redécouvrir des choses simples, une sensibilité à fleur de peau...
Une façon de regarder, où les yeux osent s'aventurer...
Prendre plaisir à lire ceux qui se mouillent...
Ca en fait des choses, Sabine !
Bonne semaine,

Jonavin 07/09/2008 21:21

Pareil. Du moins pour mon blog. Si je n'ai pas finalisé un texte dans la journée, très souvent je l'abandonne...Je ne sais pas si gratter le sol est efficace. Mais à travers la fenêtre, quand je sèche, j'aime bien regarder le lampadaire de ma rue. C'est comme un tic...