Jérusalem

Publié le par Quelles Nouvelles ?

« Mylia avait reçu deux types d'éducation : l'éducation pour voir et l'éducation pour entendre. Par elle-même, ou par sa maladie, elle avait appris à toucher. On ne touche pas les gens comme ça, entendait-elle de temps à autre. Et elle était effrayée. On ne touche pas les gens comme ça ? Elle ne recommencerait pas.

Mylia se nichait dans la chaleur de Theodor comme elle ne le faisait qu'avec sa mère. Ce que Mylia avait développé par elle-même, dans sa solitude, c'était le toucher des choses matérielles, des choses qui ne parlent pas. Elle les touchait de façon obscène, si c'est ainsi que l'on désigne la rencontre de la main d'un être humain avec une table, par exemple, ou même avec un défaut du bois dans une table.

- Ce n'est pas correct de toucher les choses comme ça, lui disait sa mère.
- Alors, comment on touche ?
- Moins fort, sans empoigner comme ça. Ne t'implique pas autant.

Ce que sa mère ne disait pas, mais d'autres gens si, c'est qu'elle empoignait les choses comme si elle était excitée, comme si elle empoignait un homme. Il y avait donc une pudeur familiale évidente dans cette phrase presque technique :

- Ce n'est pas correct de toucher comme ça. »


Texte merveilleusement traduit du portugais par Marie-Hélène Piwnik

Jérusalem, Gonçalo M. Tavares
247 pages
© Éditions Viviane Hamy, septembre 2008 pour la traduction française

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